Edith Nicol
Imaginons un instant que l'espace sonore, fait de milliers d'archipels musicaux, soit pareil à un [ba'zar]. Un marché bariolé vers lequel convergent les voyageurs de tous bords ; une épicerie à ciel ouvert où l'on vient soupeser la diversité de provenances, se régaler de sons insolites, remplir sa besace à histoires ou simplement caresser l'oreille du dromadaire. Cet instant-là, c'est une courte escale avant de reprendre la route ordinaire. Et pour abreuver ses rêves d'autres mondes, quoi de mieux que l'écoute des poètes – les vrais ? [ba'zar] stereo se dédie aux gardiens des pratiques musicales traditionnelles. À ces sages baladins, à ces savants insoupçonnés, à ces artisans du sens, rebelles chahutés par le typhon global. Autant de mémoires vivantes à la source de l'Imaginaire universel. De l'Asie lointaine au désert d'Arabie, de l'Afrique épique aux confins sibériens, des Amériques métisses aux îles de Micronésie, en passant par la vieille Europe pourtant si ardente, une foule d'expressions s'invitent dans ses dédales comme autant de métonymies de la diversité humaine, de sa conscience large et de sa créativité sans limites. La formule culte de Edouard Glissant sert de boussole : « le Tout-Monde, c'est la quantité réalisée de toutes les différences du Monde, sans oublier la plus petite, la plus infime, la plus invisible… »
Edith Nicol trouve l'alibi parfait pour esquiver sa campagne natale le jour où elle tombe amoureuse des musiques d'ailleurs – de préférence celles qui s'épanouissent à 8000 kilomètres. Après des études de philosophie parsemées de militantisme culturel, elle mue en coordinatrice de projets artistiques. De Calcutta à Paris via Tokyo ou Fès, elle arpente, écoute, collecte, rencontre, raconte, produit, fédère. Dans son monde rêvé règnent les traditions orales et leurs subtils écosystèmes. Elle a récemment fondé le collectif ECHO, spécialisé dans la contrebande de musiques indiennes.
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