En 2013, les Espoirs sont depuis longtemps des musiciens accomplis. Ils sortent enfin leur premier album sur un label français, Chapter Two Records. Entre temps, la route a été longue, remplie de rencontres, de moments de grâce comme de nombreuses galères, et ponctuées de quelques enregistrements.
« Wountanara : on est ensemble ! » :

Le cri de ralliement des Espoirs de Coronthie en dit long sur leur démarche et leur capacité à faire avancer les choses. Il y a vingt ans, cette bande d'adolescents démarrait son activité à l'école de la rue. Résidents désœuvrés du quartier populaire de Coronthie à Conakry, ils se fabriquèrent des instruments de fortune et se mirent à écumer les maquis de la capitale.

C'est en 1998 que le destin place le Français Antoine Amigues, étudiant en ethnologie et guitariste, sur leur route. A l'origine auteur d'un mémoire intitulé Les Espoirs de Coronthie : groupe de musique, chant et danse traditionnelle, Antoine devient vite le guitariste de la formation. Avec lui, la troupe de percussionnistes et musiciens, réalisent deux disques (Dunuyia Iguiri en 2005, Tinkhinyi en 2008). Elle avait au préalable enregistré Patriote en 2002. Tous sont des succès immédiats, tous remportent des Djembé d'Or (la plus haute distinction en Guinée). Et le groupe devient vite le fer de lance d'une génération de jeunes qui commence à oser exprimer son ras-le-bol. Sa musique s'entend à tous les coins de rue. La troupe surfe sur son succès et en profite pour ouvrir un centre culturel Fougou Fougou Faga Faga, qui propose concerts et stages. Car les musiciens des Espoirs de Coronthie ne sont que la partie visible de l'iceberg. Autour d'eux gravite une communauté de jeunes dont les projets ont toujours pour valeurs-clefs l'entraide, le respect, la tolérance.

En 2009, « Thinkhinyi » est le premier enregistrement du groupe à être distribué en France (L'Autre Distribution). C'est aussi son album le plus engagé. La Guinée vit depuis décembre 2008 au rythme des coups d'état et des manifestations réprimées dans le sang. Dans la foulée, Les Espoirs de Coronthie démarrent une carrière internationale et se relocalisent en France où ils tournent abondamment. Sur scène, Kassa, danseur aux talents acrobatiques est la garantie que la musique du groupe se vit autant qu'elle s'écoute.

Fougou Fougou est le nom de ce quatrième opus. Fougou fougou est aussi un terme soussou qui illustre le bruit des ailes d'un oiseau. Un titre emblématique pour un opus qui marque un nouveau pas dans la carrière de cette formation atypique. La trame de sa musique est toujours tissée par les cordes, les sonorités bien particulières du balafon et les rythmes en folie des diverses percussions. Mais Les Espoirs ont ouvert certains de leurs morceaux à la basse (dont ils jouent à tour de rôle) et aux cuivres, tenus par différents invités dont Seb du Peuple de L'Herbe. C'est d'ailleurs dans le studio lyonnais Supadope du Peuple de l'Herbe que l'enregistrement de Fougou Fougou a été réalisé. Antoine, l'ami foté (l'ami blanc), s'empare aussi désormais d'une guitare électrique, d'une douze cordes ou d'un banjo. Quant à la batterie, c'est un vrai petit bijou de bricolage : des percussions augmentées de cymbales, de charley et de cloches.
Toujours aussi percutantes, les trois voix de Sanso, Mengue et Macheté aux intonations respectivement soul, incantatoire et gutturale mènent le bal. Avec eux, la tradition des polyphonies africaines est revue et corrigée avec la hargne et l'énergie d'un groupe de 2013, moderne et mordant. Les Espoirs aiment faire la fête. Cela s'entend sur plusieurs des titres de cet album traversés par une énergie électrisante. A côté de ces chansons festives, dont Zoumzoum Baila aux accents afrobeat, Les Espoirs proposent aussi des chansons pour éveiller les consciences. Depuis qu'ils vivent en France, leur quotidien a radicalement changé. « Aventure » met ainsi en contraste la vision fantasmée de la France par les Guinéens et celle de La France vécue par les immigrés. Fatigué, premier titre entièrement en français, dénonce la corruption et la mal gouvernance des politiciens africains. Justice rappelle que le peuple guinéen paie de son sang ses revendications légitimes de droits fondamentaux et de justice. Enfin, il y a les irrésistibles chansons d'amour comme Mara Fanyi Kholokho ou celles qui mêlent arpèges et chant nostalgique avec une émotion qui prend aux tripes (cf Mamayo). Quant à Fougou Fougou le morceau-titre, il reprend le slogan du plus grand succès des Espoirs de Coronthie dans une nouvelle composition. Plus que tout autre Fougou Fougou est à l'image de ce big band qui ne cesse de se ressourcer et de reprendre son envol. Irrésistible et invincible. (Elisabeth Stoudmann)
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